La Nouvelle-Calédonie

Arrivé en Nouvelle-Calédonie en 1957, Robert Tatin est frappé par la différence de climat avec la Polynésie qu’il vient de quitter. Il lui faudra du temps pour accepter un environnement moins immédiatement souriant que celui de Tahiti. Ici le paysage est plus rude, les montagnes paraissent austères et la brousse s’étend aux portes et parfois au sein même de la « capitale », Nouméa.
Mais sa passion pour la nature sous toutes ses formes va s’imposer. Il va traquer les arêtes, les volumes des montagnes avec le réalisme poétique qui lui est propre, n’hésitant pas à y glisser parfois un élément fantastique, telle la fleur géante du tableau Rose dans la forêt, 1961.

Paysage calédonien
« Tout de même ce pays a des choses bien aussi. De grandes forêts à l’intérieur sur des centaines de kilomètres – sauvages. La côte Est est verte, alors que la côte Ouest est désolée et aride. Des niaoulis partout. Cela est morose. »
Brousse, forêt de la Thi
Paysage calédonien.
Non daté, gouache, 50 x 65 cm.
Brousse, forêt de la Thi,
Nouméa, 1961. Huile, 42 x 61 cm.


Rose dans la forêt
« Je marche dans la rivière – un torrent avec des rocs formidables, hauts de 7 ou 8 m, des roches de granit – première fois que je vois ça. Deux torrents se rejoignent, c’est là que je fais ma première peinture (au-dessous des arbres, des fougères immenses et toutes sortes de plantes). C’est très beau. Je suis là, assis 3 heures sur un rocher, le tableau par terre et une bouteille de vin au frais. […] Je reviens péniblement bien sûr avec un tableau frais alors qu’il est déjà difficile d’aller dans ces coins les mains vides – la brousse, le casse-gueule des rochers… »
Forêt aux Khogis
Rose dans la forêt, 1961.
Huile, 62 x 50 cm.
« Dans la forêt je suis chez moi. »
Forêt aux Khogis, Nouméa, 1961. Huile, 60 x 45 cm.
Peintre en action
Lorsqu’il part en brousse pour « peindre des sujets » – scènes sur le vif en tribu, à la pêche, végétation… – les départs se font de nuit avec un ami ou plusieurs amis peintres, dont Henri Crocq, représenté ci-contre "en action" de peindre (1968). Tatin raconte ces expéditions dans les moindres détails dans ses Carnets.
Peintre en action, Eluk, 1967. Gouache, 50 x 63 cm.
1968. Le peintre Henri Crocq avec lequel Tatin partait peindre les paysages de la Calédonie.
Henri Crocq

Chapeau de gendarme
Cascade
Le Mont-Dore vu de Plum
Chapeau de gendarme, Nouméa.
Non daté. Gouache, 48 x 59 cm.

Cascade, Goro, 1966.
Gouache, 60 x 55 cm.
Le Mont-Dore vu de Plum, Nouméa.
Non daté. Gouache, 50 x 65 cm.

Le Mont-Dore qui domine Nouméa sera la « montagne Sainte-Victoire » de Robert Tatin. Il en peindra de très nombreuses versions.

 

Vanuatu

À partir de 1962, Robert Tatin s’installe aux Nouvelles-Hébrides (Vanuatu), principalement à Port-Vila (île d’Efate, aujourd’hui Vate) mais il peindra les paysages de la plupart des îles de l’archipel (aujourd’hui Vanuatu) Les premiers temps, il est aux prises avec un nouveau changement de climat:
——« Il fait chaud et humide, une nette différence avec le climat de la Nouvelle-Calédonie. Les forêts sont impénétrables, ——par les lianes qui recouvrent tout. »

Forêt
Forêt abstraite
Forêt
Forêt, Efate, 1972.
Gouache, 65 x 70 cm.
Forêt abstraite, Eluk, 1971.
Gouache, 65 x 50 cm.
Forêt, Tanna. Non daté.
Huile, 61 x 37 cm.

Les forêts tant aimées par Robert Tatin, ces forêts qu’il a trouvées impénétrables à son arrivée, il en pénétrera pourtant les profondeurs végétales, approchant bientôt au travers de leur densité l’esprit de l’abstraction.

 
Racines de palétuviers
Tatin sera toujours l’ami des beaux arbres, l’observateur fraternel du vivant – végétal ou animal. Il scrute sans fatigue la végétation qui l’encercle.
Forêt et liane
Racines de palétuviers, Eluk, 1969.
Gouache, 50 x 65 cm.
Forêt et liane, Efate, 1972.
Gouache, 65 x 50 cm.

 

L’Indonésie
Paysage de Java
Croquis, gouaches, pastels remplissent ses carnets sur le chemin du retour en France, en 1976. Son étape en Indonésie et en Asie durera en fait six mois.
Paysage de Java, 1976. Gouache, Carnets indonésiens.
 

Paris, le retour ?

Saint-Germain-des-Prés
Robert Tatin ressentira la capitale française comme une jungle urbaine. Ce qui pourrait apparaître comme un cliché, son regard l’abordera avec le même « esprit d’abstraction » dont il avait usé pour certains de ses paysages de forêts tropicales.
Paris de nuit
Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1979.
Pastel, 50 x 65 cm.

Paris de nuit, Paris. Non daté.
Gouache 65 x 50 cm.

 

La Polynésie

Le jardin de Marie et Jack
Lorsqu'il reviendra à Tahiti en 1982 pour finalement y mourir, sa palette s’est adoucie, son pinceau se fait léger pour suggérer l’infinie sensualité de la nature polynésienne.
Finies les expéditions casse-cou dans la brousse calédonienne ou hébridaise. Ses derniers paysages seront ceux d’une nature jardinée, habitée, où s’enfouissent des farés colorés et leurs poulaillers débonnaires.
Le jardin de Marie et Jack, Punauia, avril 1982. Gouache, 50 x 65 cm.


Robert Tatin

Cette photo de Robert Tatin en train de peindre le paysage qui entoure son faré a été prise un mois avant sa mort, à Papeete, le 9 juin 1982.


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